Je n’ai jamais aimé les murs blancs ni l’odeur aseptisée des hôpitaux… À croire que ça me rappelle bien trop de souvenirs.
L’infirmière est passée me voir et m’a dit que tout irait bien, alors que ça fait déjà trois jours que je suis là, trois jours que je n’ai pas dormi. Au rythme où vont les choses, elle se trompe, la madame : ça tournera mal, parce qu’à mon tour je vais me retrouver allongé dans un lit.
Je suis cette femme que les fans appellent L’Inconnu,
que son amant appelle mon ange,
mais à qui, au départ, sa mère a donné un prénom simple : Dianne.
Et c’est ce prénom-là qui me revient,
le soir, quand les lumières s’éteignent,
quand j’enlève mon baggy et ma capuche,
que je me regarde dans le miroir — sans maquillage, sans filtre, sans façade.
Je redeviens juste moi.
Et souvent, je ne sais plus très bien qui je suis.
La Fuite
C’est ma marque de fabrique. Petite, je courais pour échapper aux autres enfants. Ado, je courais pour fuir ma mère. Adulte, je cours pour échapper à moi-même.
Pourquoi courir, me direz-vous ?
Parce que c’est la seule alternative que la vie m’a laissée.
J’ai grandi dans un campement de gens du voyage. Pour beaucoup, c’est synonyme de liberté. Pour moi, ce fut surtout synonyme de destruction. Mes parents en étaient les chefs. Mon père est mort peu avant mes trois ans, et dès lors, chaque jour passé dans ce campement fut un enfer. Je n’étais pas une enfant comme les autres : j’étais « la fille de… ».
La tradition orale au sein des peuples est une notion qui m’a toujours effrayée autant que fascinée.
Avec l’âge, je finis par croire que j’ai accordé bien trop d’importance aux croyances et pas assez aux superstitions.
Bien entendu, rien n’arrive par hasard : la culture dans laquelle j’ai grandi m’a apporté mes croyances, et mon vécu est responsable de ma crainte des superstitions.