Melomic.fr
Cataléptiline - Before Cataléptiline - Dianne : La célébritée et ses dérives
Connection

Les fantômes

On parle souvent des fantômes comme de choses qui reviennent du passé.

Des morts.

Des souvenirs.

Des visages oubliés.

Avec le temps, j'ai compris que les vrais fantômes étaient différents.

On parle souvent des fantômes comme de choses qui reviennent du passé.

Des morts.

Des souvenirs.

Des visages oubliés.

Avec le temps, j'ai compris que les vrais fantômes étaient différents.

Les vrais fantômes sont des questions.

Des questions qui refusent de mourir.

Les semaines qui ont suivi le scandale avaient tendance à se mélanger. Je dormais peu. Je mangeais encore moins. Je travaillais par automatisme. Interviews. Studios. Répétitions. Photographies. Toujours un large sourire de façade. Tout continuait. Comme si rien ne s'était passé. Comme si le monde ignorait que je tombais en morceaux.

J'augmentais les doses. Pas énormément. Juste un peu. Toujours un peu.

Je crois que pour tout le monde c’est comme ça que commencent les mauvaises habitudes.

Personne ne décide un matin de se détruire. On ajoute simplement une pilule. Puis une autre. Puis un verre. Puis deux. Et un jour, on réalise que la douleur n'a jamais disparu. Elle s'est simplement installée plus confortablement.

Les nuits étaient les pires. Le silence donnait trop de place aux pensées. Alors je repensais à Milenca. Toujours. À sa voix. À sa façon de raconter les choses. À son accent qui apparaissait lorsqu'elle parlait de l'Espagne. À ses silences aussi. Parce que, même dans ses récits, certaines zones restaient interdites.

Je me souvenais de ses derniers mois. Elle racontait souvent la même histoire. Encore et encore. L'histoire de Maeva. L'histoire de Rodrigo. L'histoire du campement. L'histoire de Kamino.

À l'époque, je souriais. Parfois, je l'écoutais à moitié. Parfois, je regardais mon téléphone pendant qu'elle parlait. Parfois même, je changeais de sujet. J'étais persuadée que l'âge commençait à lui jouer des tours.

Aujourd'hui, cette idée me donnait envie de pleurer. Parce que j'aurais aimé l'écouter davantage. Même si elle avait été folle. Même si tout cela avait été inventé. J'aurais aimé l'écouter.

Une nuit, incapable de dormir, je me suis surprise à chercher son ancien carnet. Celui dans lequel elle écrivait parfois. Pas un journal. Juste quelques notes. Des phrases. Des souvenirs. Je l'avais récupéré après sa mort sans vraiment savoir pourquoi.

Je l'ai ouvert au hasard.

Et je suis tombai sur une phrase soulignée plusieurs fois.

« Le pire n'est pas ce que Kamino prend. Le pire est ce qu'il laisse derrière lui. »

Je suis restée longtemps à regarder ces mots. Je ne savais même pas ce qu'ils signifiaient. Et pourtant, quelque chose me dérangeait.

J’ai relu la phrase plusieurs fois.

Puis je refermai brutalement le carnet.

Comme si j'avais peur qu'il me réponde.

Les jours suivants, des souvenirs ont commencé à me revenir. Par fragments. Des détails que j'avais oubliés. Des phrases prononcées par Milenca. Des regards. Des hésitations.

Je me souvenais notamment d'une chose étrange. Lorsqu'elle parlait de Kamino, elle ne semblait jamais avoir peur de lui. Jamais. Elle le détestait. Elle le méprisait. Mais elle ne le craignait pas. Comme si elle avait compris quelque chose que je n'avais jamais saisi. Comme si la malédiction elle-même n'était pas le véritable sujet.

Alors je commençai à me poser des questions. Des questions absurdes. Des questions auxquelles je n'avais jamais accordé d'importance.

Et si elle avait dit vrai ?

Je détestais cette idée. Parce qu'elle me faisait immédiatement me sentir ridicule. Une chanteuse célèbre. Une femme adulte. Une féministe. Une artiste. En train de réfléchir à une malédiction vieille de plusieurs siècles.

C'était absurde.

Complètement absurde.

Et pourtant...

Je n'arrivais plus à chasser cette pensée. Pas parce que j'avais vu Kamino. Pas parce qu'il m'était arrivé quelque chose d'étrange. Simplement parce que ma vie semblait s'effondrer exactement au moment où je croyais enfin être heureuse. Comme si le bonheur possédait toujours une date d'expiration. Comme si quelque chose finissait systématiquement par le détruire.

Je pensais alors à Mickael.

Toujours.

À ses messages plus rares.

À ses absences.

À ses silences.

À toutes ces choses que j'essayais de ne pas voir.

Et une idée commençait à s'installer.

Une idée que je détestais.

Parce qu'elle rendait tout plus compliqué.

Si Milenca avait raison...

Pourquoi rien n'était-il arrivé à Mickael ?

Pourquoi Kamino ne s'était-il pas manifesté ?

Pourquoi notre histoire ressemblait-elle à un scandale ordinaire plutôt qu'à une tragédie ?

Puis une seconde pensée apparut.

Bien pire.

Si Kamino détruisait l'amour...

Et si rien ne lui arrivait...

Alors peut-être que Mickael ne m'aimait pas.

Je refermai immédiatement le carnet.

Comme si cela pouvait empêcher la question d'exister.

Mais elle était déjà là.

Et, pour la première fois depuis la mort de ma grand-mère, je compris que ce n'était peut-être pas Kamino qui me faisait peur.

C'était la réponse.