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Connection

Le Rhône

Il existe un moment où l'on cesse de lutter.

Pas parce qu'on abandonne.

Pas parce qu'on accepte.

Simplement parce qu'on est épuisé.

Il existe un moment où l'on cesse de lutter.

Pas parce qu'on abandonne.

Pas parce qu'on accepte.

Simplement parce qu'on est épuisé.

Je crois que c'est là que j'en étais.

Les semaines passaient. Le scandale refusait de mourir. Chaque fois qu'il semblait s'essouffler, un nouvel article apparaissait. Une nouvelle vidéo. Une nouvelle polémique. Une nouvelle personne décidait d'expliquer ma vie à ma place.

Je ne lisais plus les commentaires.

Du moins, c'est ce que je racontais.

En réalité, je les lisais tous. Les insultes. Les moqueries. Les menaces. Les leçons de morale. Je les avalais comme un poison quotidien. Une partie de moi espérait encore trouver un message différent. Un message capable de faire disparaître les autres.

Il n'arrivait jamais.

Mickael continuait à m'appeler.

Parfois.

À m'écrire.

Parfois.

Toujours les mêmes phrases. Toujours les mêmes promesses. Toujours les mêmes excuses.

Et moi, je continuais à attendre.

Comme une idiote.

Comme une amoureuse.

Comme une femme qui n'avait plus grand-chose à quoi s'accrocher.

C'était peut-être ça, le plus humiliant.

Pas le scandale.

Pas les réseaux.

Pas les journalistes.

Le fait de savoir que, malgré tout, je l'aimais encore.

Un soir, après plusieurs jours sans nouvelles de lui, je reçus enfin un message.

Trois lignes.

Trois pauvres lignes.

« Je suis désolé.
La situation est compliquée.
Fais attention à toi. »

Je relus ces mots plusieurs fois.

Puis je reposai le téléphone.

Et je me mis à rire.

Un rire sec.

Fatigué.

Presque hystérique.

Parce que je venais soudain de comprendre quelque chose.

J'avais gagné une Victoire de la Musique. J'avais vendu des milliers d'albums. J'étais invitée sur les plateaux télé. Des inconnus connaissaient mes textes par cœur. Et pourtant, toute mon existence semblait désormais suspendue à trois lignes envoyées par un homme.

Cette idée me dégoûta.

De lui.

De moi.

De tout.

Alors j'ai pris ma veste.

Mes clés.

Et je suis sortie.

La nuit était froide. Le ciel était sans étoiles. Je marchais sans réfléchir. Comme on fuit un incendie. Comme on fuit une maison qui brûle.

Au bout d'un moment, je me retrouvai au bord du Rhône.

Je ne saurais même pas dire combien de temps j'avais marché.

Le fleuve avançait dans l'obscurité.

Indifférent.

Silencieux.

Éternel.

Je m'appuyai contre une rambarde.

Et je regardai l'eau.

Longtemps.

Très longtemps.

Puis une pensée arriva.

Simplement.

Naturellement.

Comme si elle m'attendait déjà.

« Et si tu sautais ? »

Pas une crise.

Pas un cri.

Pas une impulsion.

Une idée calme.

Presque raisonnable.

Je n'avais plus de famille. Plus de repères. Plus de certitudes. Je passais mes journées à me détester. Mes nuits à me détruire.

Pourquoi continuer ?

Le fleuve semblait offrir une réponse simple.

Je regardai l'eau noire.

Puis je pensai à Mickael.

Évidemment.

Toujours Mickael.

Et cette question revint.

Encore.

Toujours.

Comme une obsession.

« Est-ce qu'il m'aime ? »

Je détestais cette question. Parce qu'à trente ans passés, après tout ce que j'avais vécu, elle me paraissait ridicule.

Et pourtant, elle était là.

Au centre de tout.

Je repensai alors à Milenca. À ses histoires. À Kamino. À la malédiction. À tout ce que j'avais toujours refusé de prendre au sérieux.

Puis une idée traversa mon esprit.

Une idée terrible.

Si Kamino existait vraiment...

Alors pourquoi Mickael était-il encore là ?

Pourquoi rien ne lui était arrivé ?

Pourquoi notre histoire ressemblait-elle à une simple catastrophe sentimentale ?

Je regardai l'eau.

Et, pour la première fois, je formulai la pensée jusqu'au bout.

Peut-être que Milenca avait tort.

Peut-être que Kamino n'existait pas.

Peut-être que toute cette histoire n'était qu'une suite de tragédies humaines.

Peut-être que Mickael m'aimait réellement.

Mon cœur se serra.

Parce qu'immédiatement, une autre pensée surgit.

La pensée inverse.

La pensée que je fuyais depuis des semaines.

Peut-être que Kamino existait.

Peut-être que Milenca avait raison.

Peut-être que la malédiction était réelle.

Et si rien n'était arrivé à Mickael...

Alors peut-être qu'il ne m'aimait pas.

Je sentis mes jambes trembler.

Cette idée me fit plus mal que toutes les insultes.

Plus mal que le scandale.

Plus mal que la solitude.

Parce qu'elle détruisait la seule chose qui me restait.

L'espoir.

Je fermai les yeux.

Et, pour la première fois depuis la mort de Milenca, je pleurai vraiment.

Pas quelques larmes.

Pas un sanglot discret.

Je m'effondrai.

Comme une enfant.

Comme la petite fille qui avait perdu sa mère.

Comme la jeune femme qui venait de perdre sa grand-mère.

Comme quelqu'un qui ne savait plus où trouver la vérité.

Le fleuve continuait sa route.

Impassible.

Et moi, au bord de l'eau, je réalisai que je ne savais plus ce qui me faisait le plus peur.

Que Kamino existe.

Ou que Mickael ne m'aime pas.