Salut Mélo,
Je t’écris parce que ça fait plus d’un mois que je n’ai pas eu de nouvelles de toi.
Tu ne réponds pas à mes appels.
Tu ne réponds pas à mes messages.
Tu ne me rappelles pas.
Alors j’essaie autrement. À l’ancienne. Par écrit.
Avec quelqu’un d’autre, je crois que je lui en voudrais. Je lui en voudrais vraiment. Mais pas à toi. Parce que je te connais. Parce que je sais que si tu te tais, ce n’est pas pour rien.
J’ai conscience de l’impact de ce que je t’ai dit. Mais tu ne m’as même pas laissé le temps de t’expliquer. Je n’avais pas conscience de ce que je disais, pas comme ça, pas à ce moment-là. J’ai laissé parler ce que je ressentais. J’ai laissé mon cœur parler à ma place, chercher ta route, te ramener comme il pouvait.
J’étais là, assise sur cette chaise, vidée, à l’écoute de toi, à l’écoute de ce que je sentais, et mon cœur a parlé. Je ne me l’étais peut-être jamais vraiment avoué avant, mais je crois que c’était déjà là. Et maintenant, je le vois en face, parce que j’ai failli te perdre.
Et à chaque fois que j’y repense, je pleure.
Je pleure parce que j’ai réussi à te ramener de là-bas, par je ne sais quel miracle, et qu’aujourd’hui pourtant tu n’es pas avec moi. Tu ne me réponds pas. Tu es revenu, mais tu es loin.
Je me sens égoïste d’écrire ça. Vraiment. Parce que je sais que ton besoin de solitude est légitime. Après tout ce que tu as traversé, ce serait même normal. Mais c’est plus fort que moi. Je pleure comme une conne et je n’arrive pas à faire semblant que ça ne me touche pas.
Je n’arrête pas d’y penser.
Je n’arrête pas de pleurer.
Et en même temps je me dis qu’il n’y a pas de raison, puisque tu es vivant. Tu es réveillé. Tu es debout. Bordel.
Alors pourquoi j’ai aussi mal ?
Je crois que j’ai juste besoin de te voir. Besoin de savoir que tu es vraiment là. Besoin de sentir que tout ça n’a pas été un arrachement pour rien. Et des fois, dans ton silence, j’ai l’impression que tu t’en fous. Peut-être que c’est faux. Peut-être que je me trompe. Mais c’est ce que je ressens.
Je me sens délaissée.
Je me sens vidée.
Je me sens faible.
Parce que je sais qu’à nous deux, on se rend plus forts. Et là, sans toi, je me sens retomber.
Tu sais, j’ai laissé beaucoup de moi dans cette chambre. Mes peurs. Mes doutes. Ma pudeur aussi. J’ai tout posé à tes pieds pour tenir, pour rester, pour être à la hauteur, pour te ramener.
Et maintenant je suis là, toute seule avec ça.
Pour me rassurer, je me dis que tu as besoin de faire ton deuil. Que tu as besoin de temps. Que je dois le respecter. Mais quelque part, moi aussi, j’ai peut-être un deuil à faire. Et je n’y arrive pas.
Parce que je t’ai ramené, oui. Mais je ne t’ai pas retrouvé.
Et parfois, c’est presque comme si je t’avais perdu quand même.
Comme si je n’avais servi à rien. Comme si j’avais arraché ton corps à la mort, mais pas réussi à te ramener vraiment à moi.
Je sais que c’est dur à lire. Peut-être injuste aussi. Mais je préfère te l’écrire franchement plutôt que de continuer à me taire.
S’il te plaît, Mélo, fais quelque chose.
Réponds-moi.
Même juste pour m’envoyer chier. Même juste pour me dire « merde ». Mais dis-moi quelque chose. Donne-moi un signe. N’importe quoi. Je t’en prie.
Laura
qui pense beaucoup trop fort à toi