— Le vide… Rien que le vide… Elle est partie…
— Mélo… calme-toi… Elle n’est pas partie, elle est morte…
— Laura ? Quoi ? Je ne comprends rien… On est où ? Qu’est-ce qui s’est passé ?
— Tu es à l’hôpital. Vous vous êtes fait agresser. Tu es arrivé aux urgences il y a sept jours avec Mel dans tes bras. Elle était dans le coma à la suite d’un traumatisme crânien. Tu es resté à son chevet vingt-quatre heures sur vingt-quatre pendant trois jours… et elle s’en est allée.
À ton arrivée à l’hôpital, tu étais agité. Tu as refusé qu’on te donne des calmants, tu as refusé de la laisser. Au bout du troisième jour, tu ne répondais même plus quand on te parlait, et quand elle est partie, tu es resté comme bloqué.
— Comment ça, bloqué ?
— Raconte-moi, Mélo. Où étais-tu ? Qu’est-ce que tu as vu ?
— Je ne sais pas où j’étais, et je n’ai rien compris à ce que j’ai vu. C’était horrible, sans queue ni tête, glauque, emmêlé…
— D’accord. Ne force pas. Tu es revenu, on en reparlera une autre fois. Tu étais dans tes pensées… Je crois que tu as incarné, dans ton esprit, ton pire cauchemar.
— J’ai dormi pendant tout ce temps ? Je me suis effondré ?
— Non, Mélo. Je crois que tu étais en catalepsie.
— Quoi ? En catalepsie ? Laura, qu’est-ce que tu me racontes ?
— Laisse tomber, Mélo, on en reparlera. Il est tard, tu as besoin de repos, et je n’ai pas encore dit au médecin que tu étais revenu.
— Lo ?! C’est pas possible… J’étais pas en cata… Les choses que j’ai vues… Ce que Mélaine m’a dit… Bordel, Mélaine ! On l’enterre quand ?… Non, en fait, oublie ça… Je m’en souviens. Je t’ai entendue, tu étais là, toi aussi… On l’enterre demain…
— Je t’ai dit ça hier, Mélo… Je suis désolée… Tu n’avais visiblement plus aucune notion du temps. On a attendu autant que possible, mais comme ton état ne s’améliorait pas, ses parents ont pris la décision. On l’a mise en terre cet après-midi.
— Je t’avais promis d’y aller, et j’ai tenu parole. Quand je suis revenue, tu commençais à bouger. Je t’ai parlé, j’ai prié pour elle… et j’ai eu froid pour toi.
Tu es encore trop confus pour qu’on parle de tout ça. En tout cas, sois fier de toi. Le médecin a reconnu ton état. Ce que tu lui as dit à ton arrivée l’a poussé à te voir autrement. Il aurait pu te faire évacuer, mais tu l’as convaincu. Toi et moi, on sait comment…
— Comment est-ce que… ?
— Comment tu es revenu ? Le lien, Mélo ! Tu étais parti, mais tu as laissé la porte ouverte à mon appel.
— Quel appel ?
— C’est encore trop tôt, Mélo. Chaque chose en son temps.