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Cataléptiline - Before Cataléptiline - Aeriss : La Fuite
Connection

Malik

Je crois que l'on passe une partie de sa vie à chercher un endroit où l'on peut enfin respirer.

Pour certains, c'est une maison.

Pour d'autres, un pays.

Pour moi, ce fut une personne.

Malik.

Je crois que l'on passe une partie de sa vie à chercher un endroit où l'on peut enfin respirer.

Pour certains, c'est une maison.

Pour d'autres, un pays.

Pour moi, ce fut une personne.

Malik.

Notre histoire n'a pas commencé comme dans les films. Il n'y a pas eu de coup de foudre. Pas de musique. Pas de destin. Seulement deux personnes qui ont appris à se connaître. Puis à s'apprécier. Puis à s'aimer.

Il était plus âgé que moi. Pas de beaucoup. Juste assez pour posséder cette tranquillité qui me manquait. Moi, je passais mon temps à réfléchir. À douter. À me méfier. Lui semblait avancer dans la vie avec une simplicité désarmante.

Au début, cela m'agaçait. Puis j'ai compris que ce n'était pas de l'inconscience. C'était de la confiance. Quelque chose que je n'avais jamais vraiment connu.

Je lui ai parlé du campement. De ma mère. De mon père. Des histoires que l'on racontait chez nous. Même de Kamino. Pas immédiatement, mais un soir où nous étions assis sur un quai, à regarder les lumières se refléter sur l'eau.

Il m'écouta sans m'interrompre. Sans sourire. Sans se moquer.

Lorsque j'eus terminé, il resta silencieux quelques secondes.

Puis il demanda :

— Et toi, tu y crois ?

Je me souviens encore de ma réponse.

— Je crois surtout que ça a gâché beaucoup de vies.

Il hocha la tête.

Et n'insista pas.

C'est probablement ce que j'aimais le plus chez lui. Il n'essayait jamais de réparer les gens. Il les acceptait. Avec leurs blessures. Leurs contradictions. Leurs cicatrices.

Les mois passèrent. Puis les années.

Malik prit une place de plus en plus importante dans ma vie. Sans bruit. Sans drame. Naturellement.

Je crois que c'est ce qui me rassurait. Pour une fois, rien ne ressemblait à une tragédie. Pour une fois, rien ne semblait écrit d'avance.

Nous sortions. Nous riions. Nous faisions des projets absurdes. Des projets de jeunes gens qui pensent avoir tout leur temps.

Parfois, je lui parlais de mon envie d'écrire. Il lisait tout ce que je produisais. Même les textes les plus mauvais. Surtout les plus mauvais.

Puis il me regardait avec son sourire habituel.

— Continue.

— C'est nul.

— Continue quand même.

— Tu mens.

— Peut-être.

Et nous riions.

Avec lui, je découvrais quelque chose de nouveau.

La légèreté.

Pas le bonheur absolu.

Pas une vie parfaite.

Simplement la possibilité de ne pas avoir peur en permanence.

Le jour de mes dix-huit ans, nous avons fait l'amour.

Je pourrais décrire ce moment pendant des pages. Mais ce serait inutile. Parce que ce dont je me souviens le plus, ce n'est pas du désir. C'est de la confiance.

Je n'avais plus peur.

Ni de lui.

Ni de moi.

Ni du futur.

Pendant quelques heures, la malédiction de Kamino me sembla aussi lointaine qu'une histoire racontée à un enfant.

Le lendemain, je rentrai au campement.

Ma mère était assise devant sa caravane.

Comme souvent.

Elle leva les yeux vers moi.

Et je compris immédiatement qu'elle avait deviné.

— Tu l'aimes.

Ce n'était pas une question.

Je sentis mes joues rougir.

Malgré mes dix-huit ans.

Malgré tout le reste.

Je restais sa fille.

Je m'assis à côté d'elle.

Pendant quelques minutes, nous regardâmes les enfants jouer entre les caravanes.

Puis elle demanda :

— Depuis combien de temps ?

— Deux ans.

Elle resta silencieuse.

Longtemps.

Comme si elle calculait quelque chose.

Ou se souvenait de quelque chose.

Finalement, elle murmura :

— J'aimerais le rencontrer.

Je tournai immédiatement la tête vers elle.

— Vraiment ?

Elle sourit.

Un sourire fatigué.

— Oui.

Je crois qu'il est temps.

Je ne savais pas pourquoi cette phrase me troubla autant. Peut-être parce qu'elle sonnait comme une décision. Ou comme une résignation.

Quelques semaines plus tard, j'amenai Malik au campement.

J'étais nerveuse.

Plus que je ne voulais l'admettre.

Parce qu'on ne présentait pas simplement un petit ami à sa mère. On le présentait à tout un monde. À toute une histoire. À toute une mémoire.

Pourtant, les choses se passèrent mieux que prévu. Les anciens l'accueillirent chaleureusement. Les enfants l'adoptèrent immédiatement. Même certains hommes du campement, habituellement méfiants envers les étrangers, semblèrent l'apprécier.

Malik, lui, discutait avec tout le monde comme s'il les connaissait depuis toujours.

Je me détendis peu à peu.

Puis Rose arriva.

Je la vis s'arrêter à quelques mètres de nous.

Son sourire disparut.

Son visage pâlit.

Pendant quelques secondes, elle demeura immobile.

Comme figée.

Je n'avais jamais vu cette expression auparavant.

Pas même lorsque nous parlions de Kamino.

Elle s'approcha lentement.

Très lentement.

Puis elle regarda Malik droit dans les yeux.

Personne ne parla.

Même les conversations autour de nous semblèrent s'éteindre.

Finalement, ma mère fouilla dans la poche de sa veste.

Et en sortit une petite pierre rouge.

Je la connaissais.

Je l'avais vue toute mon enfance.

Parfois sur sa table de nuit.

Parfois dans un tiroir.

Parfois autour de son cou.

Je ne lui avais jamais demandé d'où elle venait.

Et elle ne me l'avait jamais expliqué.

Rose tendit la pierre à Malik.

— Prends-la.

Il hésita.

Puis obéit.

Durant quelques secondes, ma mère l'observa.

Attentivement.

Comme si elle attendait quelque chose.

Puis son regard se brisa.

Une tristesse immense traversa son visage.

Une tristesse que je ne compris pas.

Pas encore.

Elle récupéra la pierre.

Et regarda Malik.

— Tu devrais rentrer chez toi.

Je fronçai immédiatement les sourcils.

— Quoi ?

— Pourquoi ? demanda Malik, surpris.

Ma mère prit une longue inspiration.

Puis prononça une phrase que je n'oublierai jamais.

— L'ombre des sentiments est trop proche de la lumière du mal.

Le silence qui suivit fut terrible.

Je regardai Malik.

Puis ma mère.

Puis de nouveau Malik.

Personne ne comprenait.

Pas même lui.

Mais dans les yeux de Rose, je vis quelque chose que je n'avais encore jamais aperçu.

La peur.

Pas une peur ordinaire.

Une peur ancienne.

Une peur qui semblait venir de très loin.

Comme si, pendant un bref instant, les siècles qui nous séparaient de Maev venaient soudainement de disparaître.