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Cataléptiline - Before Cataléptiline - Aeriss : La Fuite
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L'Histoire de Maev

Aussi loin que remontent mes souvenirs, ma mère m'a toujours raconté la même histoire.Du moins, c'est ce que je croyais.

En réalité, l'histoire changeait avec moi.

Lorsque j'étais enfant, c'était un conte merveilleux. Un conte comme ceux qu'on raconte pour endormir les petites filles. À cette époque, nous n'étions pas un campement. Nous étions un village. Un village heureux. Un village où les gens dansaient chaque soir. Où les enfants jouaient dans les champs. Où personne n'avait peur.

Et au centre de cette histoire se trouvait un prince.

Kamino.

Aussi loin que remontent mes souvenirs, ma mère m'a toujours raconté la même histoire. Du moins, c'est ce que je croyais.

En réalité, l'histoire changeait avec moi.

Lorsque j'étais enfant, c'était un conte merveilleux. Un conte comme ceux qu'on raconte pour endormir les petites filles. À cette époque, nous n'étions pas un campement. Nous étions un village. Un village heureux. Un village où les gens dansaient chaque soir. Où les enfants jouaient dans les champs. Où personne n'avait peur.

Et au centre de cette histoire se trouvait un prince.

Kamino.

Je me souviens encore de la façon dont ma mère prononçait son nom. Comme quelque chose de précieux. Comme quelque chose d'ancien.

Kamino était beau. Intelligent. Aimé de tous. Je l'imaginais comme les princes des dessins animés. Un héros. Un homme destiné à sauver le monde.

Puis les années passèrent. Et l'histoire changea.

Vers dix ans, Kamino cessa d'être un héros. Le village cessa d'être heureux. Et le grand voyage de nos ancêtres cessa d'être une aventure. Il devenait une fuite.

 

 

Je posais des questions. Toujours les mêmes.

— Pourquoi sont-ils partis ?

— Parce qu'ils n'avaient plus le choix.

— Pourquoi ?

— Tu comprendras plus tard.

Je détestais cette réponse. Les adultes adorent promettre des réponses futures pour éviter de répondre au présent.

Puis vint mon quatorzième anniversaire.

Je crois que ma mère redoutait ce jour depuis des années. Elle passa toute la journée à éviter mon regard. Elle semblait nerveuse. Préoccupée. Comme si elle allait devoir accomplir quelque chose qu'elle avait toujours repoussé.

Le soir venu, nous étions seules. Pour la première fois de ma vie, je remarquai qu'elle avait préparé l'endroit. Une bougie brûlait sur la table. Les rideaux étaient tirés. La télévision était éteinte. Même son téléphone portable avait disparu. Comme si elle ne voulait aucun témoin.

Je m'assis en face d'elle.

Elle resta silencieuse plusieurs secondes. Puis elle prit une profonde inspiration.

— Ce que je vais te raconter maintenant n'est pas une légende.

Je me souviens encore de ces mots. Parce qu'ils changèrent tout.

— Ce n'est pas un conte. Ce n'est pas une histoire inventée. C'est notre histoire.

Je n’ai pas répondu. Je me contentai d'écouter.

Alors Rose commença.

Il y a plusieurs siècles. Bien avant notre campement. Bien avant Grenade. Bien avant la France. Nos ancêtres vivaient dans un village prospère. Un village agricole. Paisible.

Parmi eux vivait une jeune fille nommée Maev.

Selon ma mère, elle était belle. Mais ce n'était pas sa beauté qui la rendait particulière. C'était sa liberté. Maev refusait de vivre selon les règles imposées aux femmes de son époque. Elle dansait. Elle chantait. Elle riait trop fort. Et surtout, elle choisissait elle-même sa vie.

Dans le village voisin vivait Kamino. Fils d'une famille puissante. Destiné à devenir le dirigeant de son peuple. Il était jeune. Brillant. Charismatique. Et lorsqu'il aperçut Maev pour la première fois, il tomba amoureux d'elle. Du moins, c'est ce qu'il appelait l'amour.

Ma mère s'arrêta un instant. Puis reprit.

— Mais l'amour n'est pas toujours ce qu'il prétend être.

Kamino demanda la main de Maev. Elle refusa. Il insista. Elle refusa encore. Il promit richesse. Protection. Pouvoir. Elle refusa toujours. Parce qu'elle considérait que personne n'avait le droit de choisir sa vie à sa place.

Le jour de son quatorzième anniversaire, les prétendants se présentèrent devant la maison familiale. Comme le voulait la tradition.

Le premier fut Sativo. Un jeune paysan. Un ami d'enfance. Un garçon qui l'aimait depuis toujours. Il arriva avant même le lever du soleil. Et resta toute la journée devant la maison. Patient. Silencieux. Fidèle.

Puis Kamino arriva. À la tombée de la nuit. Et, pour la dernière fois, il demanda à Maev de devenir sa femme.

Pour la dernière fois, elle refusa.

Cette nuit-là, tout bascula.

Un cri réveilla le village. Puis un autre. Puis des dizaines.

Maev sortit de chez elle. Ses parents derrière elle. Et découvrit les corps des prétendants. Mutilés. Massacrés. Abandonnés devant sa porte.

Sativo était la vivant. Le seul. Terrifié. Couvert de sang.

Il lui raconta ce qu'il avait vu.

Kamino.

Son épée.

Sa colère.

Sa folie.

Il  ordonna à Maev et ses parents de quitter le village Alors ils prirent la fuite. Ils passèrent la nuit dans les bois. Et lorsque le soleil se leva, ils retournèrent au village.

Je me souviens encore du regard de ma mère à cet instant du récit. Comme si elle revivait elle-même la scène.

Le village brûlait. Les maisons fumaient encore. Des corps étaient partout. Des familles entières avaient été massacrées.

Maev retrouva sa maison détruite. Ses proches morts. Son monde anéanti.

Puis ils trouvèrent Sativo.

Ou plutôt son corps.

Kamino était agenouillé près de lui.

Son épée encore plantée dans sa poitrine.

Rose s'interrompit. Longtemps. Puis elle poursuivit d'une voix plus basse.

Maev comprit alors qu'il ne s'arrêterait jamais. Elle rassembla les survivants. Les guida loin du village. Pendant plusieurs jours. Jusqu'à ce qu'ils soient en sécurité.

Puis elle fit quelque chose que personne ne comprit.

Elle retourna seule auprès de Kamino.

Je me souviens de mon silence. Je connaissais déjà la fin. Je la sentais venir.

— Pourquoi ?

Ma mère me regarda.

— Parce qu'elle voulait sauver les autres.

Puis elle continua.

Une semaine après la destruction du village, Kamino retrouva Maev. Sur la place où tout avait commencé. Il lui proposa une dernière fois de devenir sa femme.

Une dernière fois.

Maev refusa.

Puis elle sortit une dague.

Et se l'enfonça dans le cœur.

Elle préférait mourir libre que vivre auprès d'un homme devenu un monstre.

Le silence qui suivit me parut interminable.

Puis ma mère prononça la dernière phrase. La phrase que tous les enfants de notre famille finissaient un jour par entendre.

— Et dans sa folie, Kamino maudit les survivants. Il jura que, tant qu'un seul descendant de Maev vivrait encore, il les poursuivrait. Il détruirait leurs amours. Leurs familles. Leurs enfants. Leur bonheur.

Et depuis ce jour...

La malédiction continue.

Je ne savais plus quoi penser. Une partie de moi voulait rire. Une autre avait peur. Une troisième était simplement épuisée.

Après tout, j'avais quatorze ans. Je voulais penser aux garçons. Aux copines. Aux sorties. Pas à une malédiction vieille de plusieurs siècles.

Finalement, je me levai.

— Tu y crois vraiment ?

Ma mère ne répondit pas tout de suite.

Puis elle murmura :

— Je n'y crois pas, Aeriss.

Je vis avec.

Cette nuit-là, je fis un rêve.

Et lorsque je me réveillai, je ne regardais plus le campement de la même manière.