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Cataléptiline - Before Cataléptiline - Aeriss : La Fuite
Connection

La victime de Kamino

Sur le chemin du retour, Malik tenta plusieurs fois de plaisanter. Comme toujours. Comme lorsqu'une situation devenait trop étrange. Comme lorsqu'il cherchait à me rassurer. Mais cette fois, cela ne fonctionnait pas.

Je revoyais le visage de ma mère. Sa pâleur. Sa tristesse. Cette peur que je ne lui connaissais pas. Même après toutes les histoires qu'elle m'avait racontées. Même après toutes les années passées à craindre Kamino. Jamais je ne l'avais vue ainsi.

Sur le chemin du retour, Malik tenta plusieurs fois de plaisanter. Comme toujours. Comme lorsqu'une situation devenait trop étrange. Comme lorsqu'il cherchait à me rassurer. Mais cette fois, cela ne fonctionnait pas.

Je revoyais le visage de ma mère. Sa pâleur. Sa tristesse. Cette peur que je ne lui connaissais pas. Même après toutes les histoires qu'elle m'avait racontées. Même après toutes les années passées à craindre Kamino. Jamais je ne l'avais vue ainsi.

— Ta mère m'aime beaucoup, finalement.

Je lui lançai un regard noir.

— Très drôle.

— Je suis sérieux.

— Elle vient pratiquement de te mettre à la porte.

— Oui, mais avec politesse.

Je secouai la tête malgré moi. Un sourire tenta de naître. Puis disparut aussitôt. Parce qu'au fond de moi, quelque chose n'allait pas. Une sensation difficile à expliquer. Comme un mauvais pressentiment. Comme lorsque l'on entend l'orage avant même de voir les nuages.

Arrivés chez lui, on a essayé de passer une soirée normale en regardant  un film. On a parlé. On a même rie un peu. Mais la phrase de ma mère revenait sans cesse.

« L'ombre des sentiments est trop proche de la lumière du mal. »

Je finis par l'évoquer.

— Tu crois qu'elle parlait de quoi ?

Malik resta silencieux quelques secondes.

— Je crois qu'elle a peur.

— De toi ?

— Non.

— Alors de quoi ?

Il hésita.

Puis répondit simplement :

— Peut-être de ce qu'elle croit.

Je ne répondis pas. Parce qu'au fond, je savais qu'il avait raison. Rose n'avait jamais eu peur des gens. Seulement de certaines histoires. Et de certaines conséquences.

Vers minuit, nous étions allongés côte à côte. Je me souviens du silence. De sa respiration. De la chaleur de sa peau. Je me souviens avoir pensé que ma mère se trompait. Que cette fois-ci, elle se trompait. Que Kamino appartenait au passé. Aux récits. Aux souvenirs. À des siècles révolus.

Puis Malik se redressa brusquement.

Je tournai la tête vers lui.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

Il regardait droit devant lui. Comme s'il observait quelqu'un.

— Rien.

Sa voix avait changé. Très légèrement. Mais suffisamment pour que je le remarque.

— Malik ?

Il ne répondit pas.

Je m'assis à mon tour.

Une inquiétude sourde monta en moi.

— Malik ?

Cette fois, il tourna lentement la tête.

Je ne reconnaissais plus son regard.

Ce n'était plus de la colère.

Ni de la peur.

Ni même de la haine.

C'était autre chose.

Quelque chose de vide.

Comme si quelqu'un avait éteint la lumière derrière ses yeux.

Mon cœur se mit à battre plus vite.

— Malik...

Puis il parla.

Et pendant une seconde, je crus entendre une autre voix derrière la sienne. Une voix plus ancienne. Plus froide.

— L'amour est mort.

Je reculai instinctivement.

— Arrête.

Il se leva. Lentement. Ses mouvements paraissaient étranges. Comme ceux d'un homme qui marche dans un rêve. Ou d'une marionnette dont quelqu'un tirerait les fils.

— Malik !

Il ne semblait plus me voir. Ou plutôt il me regardait sans me reconnaître. Comme si j'étais devenue une étrangère.

Puis il s'approcha.

Et le premier coup arriva.

Brutalement.

Sans avertissement.

Je tombai contre le mur. Le choc me coupa le souffle. Je levai les yeux. Incapable de comprendre. Incapable d'accepter ce qui se passait.

— Malik !

Mais ce n'était déjà plus lui. Ou du moins, ce n'était plus l'homme que j'aimais.

Le deuxième coup me fit tomber au sol.

Puis un troisième.

Puis un quatrième.

Je tentai de me protéger. Je criais son nom. Encore et encore. Comme si cela pouvait le faire revenir. Comme si une partie de lui pouvait encore m'entendre.

À un moment, nos regards se croisèrent.

Et je vis quelque chose.

Une seconde.

Peut-être moins.

De la peur.

Une peur immense.

Comme si Malik était prisonnier à l'intérieur de son propre corps.

Puis elle disparut.

Remplacée par cette absence terrible.

Je compris alors.

Ma mère avait raison.

Kamino était revenu.

Pas sous la forme d'un fantôme.

Pas sous la forme d'un démon.

Mais comme toujours.

À travers les hommes.

À travers leurs faiblesses.

À travers leurs ténèbres.

Le dernier coup me brisa quelque chose dans la poitrine. Je sentis la douleur exploser dans tout mon corps.

Puis tout devint noir.

Lorsque je rouvris les yeux, dix jours avaient passé. La lumière blanche de l'hôpital m'aveugla immédiatement. Chaque respiration était une souffrance. Chaque mouvement aussi.

Je tournai lentement la tête.

Ma mère était assise à côté de moi. Les yeux rouges. Le visage épuisé. Elle pleurait.

Je voulus parler.

Ma voix ne sortit presque pas.

— Malik...

Rose ferma les yeux.

Et pendant quelques secondes, je crus qu'elle allait s'effondrer.

Puis elle murmura :

— Ils l'ont retrouvé à côté de toi.

Je restai immobile.

— Mort.

Le mot traversa la pièce comme une lame.

Je ne pleurai pas.

Pas tout de suite.

Je n'en étais pas capable.

Parce que je savais déjà.

Au fond de moi, je l'avais compris avant même de me réveiller.

Je revis son regard. Cette seconde de peur. Cette seconde où Malik avait semblé revenir. Juste avant de disparaître définitivement.

Alors ma mère prit ma main.

Et, d'une voix brisée que je ne lui avais jamais entendue auparavant, elle prononça la phrase que je redoutais sans le savoir depuis mon enfance.

— Kamino a fait une victime de plus.

Et cette fois, pour la première fois de ma vie, je l’a crus.